Pauline à la Plage
Si Tel Aviv est la ville de la fête, c'est loin d'être la ville des réveils comateux.
A neuf heures, il était plus nombreux à courir le long de la plage (voire sur la plage,.. on a pas idée!), qu'aux terrasses des ravissants cafés l'oeil vitreux contemplant la créature ramené(e) la veille chez soi.
Je suis tombée sur Feuille d' Erable, qui était lui aussi revenu dans cette ville. C'est un peu notre Deauville. Pas très fraiche la Feuille d' Erable qui avait passé sa nuit chez Evita, le drôle de club d'effeuilleurs (justement). C'est néanmoins sur ces conseils que je suis partie vers Jaffa. Sur le chemin, un viel homme m' a abordée. Il m' a dit : où vas tu comme ça Petit Chaperon Rouge? Pas très grand, et pas très beau. Il portait l'uniforme du retraité de Tel Aviv (ou celui de la Côte d' Azur?), tout en blanc: baskets, pantacourt (Qu'On lui pardonne), tee shirt impeccablement repassé et lunettes de soleil. Le tout siglé. Apparement mon « body language » lui disait que je me sentais mal dans mes K Jacques. Je l'ai rassuré, bien entendu. Mais par malheur, il se rendait aussi à Jaffa (pour courir sur la plage, lui aussi- Vraiment bizarre). Je ne savais pas encore que ce serait épique. Alors donc Bob (ouais, Bob!) vient du Kurdistan. Il est donc un « vrai Juif ». Ah bon... Mais pourquoi au juste, Bob il serait un « vrai juif »? Parcequ' Abraham est né au Kurdistan pardi! Pas la peine de lui dire que le royaume sumérien et le Kurdistan d'aujourd'hui ont peu de rapport. De toutes façons, Bob est déjà parti en roue libre. Son père et sa mère étaient les meilleurs personnes au monde, pas comme sa soeur qui a épousé un « sale juif d' Afrique »; mais la famille c'est ce qu'il y a de plus important, même s'il ne faut jamais se marier, sinon on est pris à la gorge pour le reste de sa vie, il vaut mieux écouter ses parents et choisir un métier plutôt que de faire des études d'ailleurs. Au milieu de ses propos d'une incohérence géniale, Bob mettait en lumière cette relation de frères ennemis des fils d' Israël. Il a néanmoins réservé sa terminologie nazie aux « Arabes ». Ces gens qui ont tous copié des Juifs, et qui violent les étrangères.
Son esprit, comme un shaker, recrachait des bribes de discours entendus ailleurs, mêlés de convicions infondées, et délires presque brillants. Car qui se serait permis une telle franchise? Bob est sûrement le parfait produit d'une génération dont le cerveau a été lavé au kärscher, plutôt qu' avec Mirlaine. Mais il est aussi un réactionnaire, fasciste, ségrégationniste, et simplet. Bien sûr.
Jaffa est un des plus vieux ports arabes. La vieille ville est magnifique. Non pas que je veuille faire ma touriste. Mais venant de Tel Aviv, où l'on marche entre des gratte-ciels champignons sur des trottoirs pas nets, on comprend sans peine pourquoi ils viennent y bruncher en masse. Les larges rues sont propres, les arbrisseaux ont l'air de vous sussurer « me/arhaba » à l'oreille. La tour, le pont, l' horloge, le canon qui (n')a (pas) battu Napoléon,... une véritable petite ville-musée. Des familles à poussettes envahissaient les rues. Les petites Eden et Rachel faisaient des voeux (la fin du conflit peut-être?) en touchant leurs signes du Zodiaque. Et évidemment, le soleil caressait les passants, et le ciel n'était qu'une vaste étendue de bleu tendre. Idyllique. Il fallait bien ça pour contrer la nullité du musée municipal. Le jeune homme à l'entrée est étudiant en Histoire. La situation est terriblement ironique, puisque la plupart de ce qui est écrit sur les panneaux de ce musée, et dit dans le film est faux. Et quand ils ne mentent pas délibérement, ce sont des énormes mensonges par omission. Moshe (l'étudiant) n'était apparement pas au courant. Prenons les fameuses oranges de la ville. Le film et Moshe m'assurent que leur exploitation est uniquement le fait des Israëliens. Moshe va jusqu'à me dire que les Israëliens ont découvert les oranges à Jaffa. Je sais pourtant que les Palestiniens en sont tout aussi fiers. Je sais que les Palestiniens évoquent ces fameuses oranges et leur renommée avec nostalgie. Je sais aussi qu'il existe des preuves de cette industrie. Donc, Moshe et ses salades... Il a fini par me regarder d'un air suspicieux, il était temps de partir.
La plage... et ses surprises. Dont cet israëlien francophone qui m' a tenu la jambe pendant un bon moment, essayant de me faire boire un cocktail infâme. Mais la parade aux libidineux à tête pourtant sympathique est de dire « Je suis désolée de dois rentrer en Palestine ce soir, il faut que je parte ». Dans le genre « Non désolée je peux pas te donner mon 06, je suis enceinte, j'ai des chlamydias, et je vais me marier dans trois jours », on ne fait pas mieux. Quoiqu'il en soit, ce long après midi sur la plage ne fait que confirmer le vice qui règne dans cette ville de vacances, l'obsession du corps, le désir urgent de vivre, et toutes les conneries qu'on entend.
Je suis arrivée tard à Jerusalem, après avoir croisé Don Juan en allant à la gare de TA. Que faisait il là? Va savoir, sûrement une enquête de terrain avec une très belle jeune femme à son bras. Al-Quds dormait; dans le marché, toutes les échoppes étaient fermées, donc je me suis perdue.
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